Jouez avec les mots, il en restera toujours quelque chose

> Comment enrichir son vocabulaire et respecter la grammaire

Les Français sont comme le chante le québécois Gilles Vigneault. Ils aiment jouer avec les mots, à demi-mots ou à mots et demie. Ils mordent dans le camembert des calambours, soufflent le vent des contrepèteries, domptent le coq-à-l’âne. Faire de l’esprit est un sport national, qui comporte des risques. L’audace en ce domaine est parfois payante — Chirac employant le mot au cours d’un entretien télévisé — mais elle peut être jugée ridicule, comme Ségolène Royal parlant du sentiment de que lui inspire une visite à la Grande Muraille de Chine. Dans le même ordre d’idées, souvenons-nous de cet échange entre Louis XVI et Rivarol :

Louis XVI .

Rivarol

On voit qu’il s’en est fallu de peu que le second ne perdit la tête avant le premier.

Jouer avec les mots est donc une passion légitime et un délassement royal. Mais il se trouve que les Français sont tout aussi amoureux des règlements que de l’irrespect et de la fantaisie. Le bonheur des mots finit souvent dans le cauchemar de l’orthographe.

Les Français ont en eux le goût de l’ordre romain, de la loi et des principes. Depuis le XVIe siècle, leurs grammairiens s’efforcent de mettre de l’ordre et de fixer une langue qui emprunte au Grec et au Latin, au Picard et au Provençal et qui surtout, comme toute langue, évolue sans cesse. Si bien que le grammairien dit ce qui doit être, quand l’usage défait la règle pour dire ce qui est vivant et au goût du jour. Les effets de mode existent aussi en matière de vocabulaire, comme le notait déjà Montaigne :

Les gendarmes de la langue

Comme les gendarmes courant derrière les voleurs, les grammairiens ont toujours un temps de retard sur la langue comme elle va. Ils marquent au crayon rouge nos erreurs, nos oublis, les libertés que nous prenons avec la grammaire et l’orthographe. Sans résultat. Plus personne, ou presque, n’écrit un français impeccable. Cela supposerait de bien connaître la grammaire, ce qui est devenu à peu près impossible depuis qu’elle a été confiée à des linguistes et aux cuistres qui les suivent. Ces modernes Diafoirus ont dynamité la grammaire dite « classique » qui permettaient naguère à des enfants détenteurs du certificat d’étude d’écrire un français clair et sans faute. Aujourd’hui, nombre de copies de licence ou de maîtrise sont à peine lisibles.

Je vois à cela deux raisons parmi d’autres. Quand il est entendu que tout le monde doit avoir le bac et plus, c’est le règne du grand n’importe quoi. semble dire le Ministère de l’Éducation. D’autre part, bien des professeurs paraissent incapables d’enseigner une grammaire qu’ils connaissent mal. Du moins ont-ils l’excuse que celle-ci est devenue bien trop « scientifique » pour être maîtrisée par des cerveaux normalement constitués.

Pourtant nous voulons tous enrichir notre vocabulaire et écrire les mots sans faute, car nous avons assez vécu pour savoir que dans un texte comme dans la vie les et restent dans la mémoire. Dès lors, quelle solution pour nous qui avons, pour une raison ou une autre, manqué les bases de la grammaire et qui, aujourd’hui, manquons de temps pour l’étudier?

Réponse : promenez-vous. Rendez visite aux mots à chaque occasion, prenez-les comme on ramasse un coquillage sur la plage pour l’examiner. Plutôt que de fuir le mot « grammaire » comme la lèpre, retenez chaque bribe de règle qui vous passe sous les yeux. Écrire est un état d’esprit et un état de curiosité. Répétez l’exercice au gré des lectures, vous écrirez mieux.

Ci- dessous, quelques cocasseries de la langue française. Parmi elles, des choses que nous savons, d’autres que nous ignorions. Toutes bonnes à retenir pour qui veut augmenter son vocabulaire et faire moins de fautes. Lisez ce blogue régulièrement, il y en aura d’autres.

- ne prend qu’un « f », mais en prend deux.

- a deux « t », mais un seul, ainsi que , et .

- Bien écrire avec deux « n », mais avec un seul; avec un « n », et avec deux.

- donne , mais , . demande deux “f”, mais se contente d’un seul.

- n’a pas d’accent circonflexe, alors qu’en prend un. en a un, mais pas . en a un, mais pas .

- s’habille d’un accent circonflexe, mais n’en a pas.

- et ne sont pas synonymes. Ainsi on ne pleure pas en les oignons mais en les

- On une banane, mais on une pomme de terre.

Il ne faudrait pas en conclure hâtivement que l’on les fruits alors que l’on les légumes.

- Car on les poires et les pommes, mais pourtant on les marrons qui sont des fruits.

- Et l’on la salade, que l’on « fatigue » — c’est à dire qu’on la mélange — après avoir versé la vinaigrette dessus.

3 pièges à éviter, le dernier compte double

-

L’ désigne un consentement, quand désigne le sens d’un mot. Vous pouvez dire de votre ennemi : .

-

Si vous voulez faire dans le style pompeux, vous parlerez d’un « aréopage d’experts ». Vous direz ainsi : . Cela peut se dire, même si ce n’est pas très réaliste, sachant que les fonctionnaires de Bercy évitent en général de se confronter au réel. vient du grec, inspiré par le nom du lieu où se tenait le tribunal d’Athènes. vient de nulle part car ce mot n’existe pas.

-

ne s’écrit pas comme et ne se prononce pas comme lui. décrit une hésitation entre deux possibilités. Comme dans :

Alternative désigne un choix à faire entre deux possibilités et pas plus. Comme dans : De plus en plus, à la radio, à la télévision ou dans les journaux, on peut lire ou entendre le mot utilisé pour désigner une solution de rechange, de remplacement. Ainsi : Si j’avais mauvais esprit je dirais que cette phrase contient également deux pléonasmes : « marcher à pieds » et « la SNCF en grève ».

- Le plus viril des pygmées s’écrira toujours avec un « e » final; mais le « gynécée », qui est un lieu réservé aux femmes, est également du masculin.

- D’autres mots masculins s’écrivent avec un « e » à la fin : lycée, apogée, périnée, macchabée, trophée, colisée.

- Le chat convole avec une chatte, le chien avec une chienne, le canard avec une cane.

- Mais la langue française ne connaît qu’un genre — féminin — pour la grenouille, la pie, la mouette, la mite, l’autruche, et qu’un genre — masculin — pour le blaireau, l’asticot, le lézard, l’éléphant, le crabe, le bar, le putois ou le serpent.

- Les histoires conjugales de ces différentes espèces sont assez mal connues et, à vrai dire, on ne souhaite pas en savoir davantage. L’escargot a résolu le problème, puisqu’il est hermaphrodite.

Les expressions populaires sont un gisement inépuisable de rapprochements inattendus. Nul ne saura jamais pourquoi on peut dire de quelqu’un qu’il a un dans la , l’dans les , des dans les . Comment peut-on verser dans une tasse un de , prendre une pour une , donner de la aux , avoir un dans la , un dans la , une à l’ et malgré tout payer sur ?

· Cité par Jean Tell, Les grammairiens français. 1874. Page 202.

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