Journalisme en ligne, la meilleure nouvelle de l’année

Pendant que la presse papier s’effondre, pour des raisons économiques et à cause de choix éditoriaux discutables, tout lecteur peut trouver sur Internet un traitement court, moyen, long, académique, critique, imagé ou non de l’information qu’il cherche.

Commençons par citer deux sites qui sont très populaires sans être les plus créatifs, avant de donner des exemples tirés de sites plus originaux.

Buzzfeed — Si vous aimez les anecdotes en tout genre, et assez souvent d’un genre douteux, Buzzfeed (dont il existe une version en Français) vous les servira à longueur de journée, 24 ou 48 heures avant que vous ne puissiez les retrouver dans un quotidien papier. Les grandes sections du site sont : LOL, win, omg, cute, fail, wtf. Je vous laisse deviner le sens de ces abréviations.

Vous saurez ainsi pourquoi « Les roux sont des créatures divines » et vous pourrez regardez une vidéo sur ce qui est arrivé à « L’homme qui a voulu voler le téléphone de la championne d’arts martiaux mixtes Monique Bastos, au Brésil ».

Mashable — Quelques coudées au dessus pour ce qui est de la qualité du contenu éditorial, Mashable offre un éventail de sujets plus large, mais toujours traités sous l’angle humain (human interest), accrochant le lecteur par une histoire bien menée (storytelling). Mashable aborde les médias sociaux, la technologie, le “Business”, les loisirs, l’actualité mondiale, les styles de vie etc…

Ainsi ce remarquable reportage (essentiellement photographique) sur les prisons au Malawi (Life in prison : The prisons in Malawi are overcrowded, filthy and plagued by disease) ; ou les recettes pratiques sur la manière de tenir un couteau de cuisine pour éviter de se couper les doigts (How to hold a kitchen knife without cutting your fingers off) ; ou une vidéo sur le premier robot capable de forger une épée de samouraï (“Sword-wielding robot samurai are coming, and this video proves it.”) . Internet étant un immense bac à recycler, le lecteur qui lira cette nouvelle parue sur Mashable début septembre se souviendra peut-être qu’elle était déjà apparue une dizaine de jours avant dans l’un des journaux en ligne de l’agence de communication anglaise PSFK .

Il faut garder à l’esprit que ces différents sites ne produisent eux-mêmes qu’une petite partie de leur contenu. Beaucoup des informations qu’ils publient sont des repiquages, bruts ou remaniés, d’une matière première éditoriale souvent gratuite. À la différence des chauffeurs d’UBER, la plupart des producteurs de contenu sur Internet se satisfont d’être payés en « notoriété » ou faiblement rémunérée. Aujourd’hui, chaque être humain équipé d’un téléphone et d’un ordinateur portables est potentiellement un auteur, un vidéographe, un photographe, un preneur de son. Cela fait plusieurs milliards de candidats, face à nos 36 000 journalistes de la presse quotidienne américaine…

On trouve des commentateurs pour se plaindre que le Net véhicule des informations erronées et regretter que n’importe quel amateur puisse s’y exprimer à tout moment. Certes, Internet diffuse des erreurs et des contre-vérités (la presse papier aussi), mais il y aura de plus en plus souvent un quidam — sachant communiquer à peu près correctement — qui se trouvera au bon endroit au bon moment, où qui aura plus de connaissances sur un sujet précis que les journalistes des salles de rédaction. Compte tenu des limitations de la pesse papier, la vie de la planète où nous vivons est infiniment plus largement présente et dynamique sur Internet.

On ne peut même plus parler de compétition entre ces deux formes de journalisme. La presse papier écrit et continuera d’écrire pour un public qui aime le contact physique du papier et tourner des pages, ainsi que pour les publics qui ne se sentent pas encore à l’aise dans l’utilisation d’Internet. Ce n’est pas rien, mais ce n’est plus essentiel. Le volume d’information sur Interner est tel que la presse papier y trouve désormais son inspiration plus souvent que l’inverse. C’est d’ailleurs là aussi qu’elle va chercher ses lecteurs. Les éditeurs de journaux papiers savent que leurs lecteurs ne viennent plus à eux grâces à des affichettes collées à la devanture des marchands de journaux, mais plutôt par l’intermédiaire des médias sociaux. À cause de cela ils figurent aujourd’hui parmi les plus gros « pousseurs » d’informations sur le Web, leurs posts se comptent en millions, comme le montre ce graphique produit par BuzzStream.

Curation, le talent vient du curateur

Ainsi, la presse papier déçoit, mais l’information en ligne semble gonfler à l’infini si bien que l’infobèsité nous menace. C’est là qu’intervient la pratique de la « curation », mot anglais de plus en plus utilisé tel quel dans les textes en français, qui désigne l’action de sélectionner des contenus à partir du tsunami d’informations disponibles sur le Web. Cette sélection peut être produite par des algorithmes informatiques, qui catégorisent le flux de base et en poussent différents segments vers les internautes en fonction de leur profil. Mais la sélection ne devient vraiment intelligente que lorsque qu’un humain, le curateur(le mot désignait à l’origine un fonctionnaire de l’empire romain chargé d’administrer un service public), choisit ce qu’il considère comme des perles dans chacun de ces segments. Il peut alors les agréger pour les présenter à ses lecteurs sur Internet.

Les journalistes de ces sites d’agrégation de contenu épluchent des centaines d’articles par semaine, dispersés à travers des dizaines de sites différents ; une tâche impossible pour un lecteur unique. Leur talent de curateur fait qu’ils sélectionnent pour nous les perles qui mériteront d’être lues. Et — attention, c’est là le secret — à moins que vous ne souhaitiez limiter votre curiosité en allant visiter un ou deux de ces sites chaque jour, vous avez tout intérêt à vous abonner à leur infolettre, qui arrivera quotidiennement dans votre boîte aux lettres électronique. Vous aurez alors cinq ou six listes d’articles à parcourir en quelques minutes, pour faire le choix de ce que vous voulez lire.

Cette recherche de l’excellence par des curateurs de talent constitue une des meilleures surprises apportées par Internet ces dernières années. Voici quelques unes des mémorables expériences de lecture que peuvent nous apporter chaque jour des sites comme, Read This Thing, Media REDEF, OZY.

ReadThisThing — J’aime bien Austin Smith parce qu’il a pris l’un des paris les plus fous qui soit : reproduire un article par jour, pas plus, et se créer un public à partir de là. ReadThisThing est à l’heure actuelle uns simple infolettre. Le premier article que j’ai lu grâce à son site était intitulé My Dad tried to kill me with an alligator , publié originellement dans la version en ligne de Outside Magazine. Une histoire douce-amère de souvenir de vacances avec un père qui adorait la vitesse et embarquait ses deux garçons sur son hors bord, pour vivre sur la Pearl River, dans un coin perdu du Mississippi , des aventures dans lesquelles les risques n’étaient pas toujours imaginaires.

Vous trouverez, dans les archives des ReadThisThing des histoires plus sévères comme Between the world and me qui reprend un article paru dans le magazineNewYork et m’a permis de découvrir le livre de Ta-Nehisicoates. Dans Between the world and me, l’auteur tente d’expliquer à son fils ce que c’est que d’être noir aux Etats-Unis. Ta-Nehisicoates peut être à juste titre comparé à Ralph Ellison ou James Baldwin ; ce n’est pas rien.

C’est aussi grâce à ReadThisThing que j’ai pu lire cet extraordinaire reportage, paru à l’origine dans Wired, The rise and fall of the Silk Road le site le plus connu du dark web, où on peut acheter à peu prés tout (de la cocaïne dans le cas de cet article).

Sans oublier : The American Civil War Then and Now (reportage photographique et témoignages), ou Breaking Ground l’histoire d’un architecte à succès, Ma Qingyun, qui consacre sa fortune à faire d’une vallée de la province de Shaanxi en Chine une région de vignobles digne de rivaliser avec la Nappa Valley en Californie (originellement paru dans The California Sunday Magazine).

MediaREDEF — Jason Hirschhorn, le fondateur de Media ReDEFined, est bien connu dans le monde des médias aux États-Unis; il a notamment a été le directeur des opérations Web de MTV. C’est peut-être là que ce lecteur insatiable a pris l’habitude de sélectionner chaque jour ce qui lui paraissait être les meilleurs articles à lire sur le Web. Pendant sept ans il a envoyé à ses amis et relations professionnelles une infolettre, avec son « menu du jour ».

Et puis en 2014 il a décidé de faire de ce passe-temps un business, en créant une société pour laquelle Bloomberg Beta l’a aidé à trouvée 2,5 millions de dollars dans une première ronde de financement. Hirschhorn a commencé par une version refondue de son infolettre, avant de créer un site internet, bientôt une application pour tablettes et téléphones portables, avant de faire payer tout ou partie des contenus qu’il met en ligne. Sur ce point, il reconnaît lui-même qu’il ne sait pas trop si cela va marcher. « Mais, dit-il, il y a un moment où les gens qui sont devenus dépendant d’un service n’ont pas de problème à payer pour l’avoir. »

Voici quatre de ses trouvailles (son infolettre en propose une douzaine chaque jour) :

Inside Popcorn time the world’s fastest growing piracy site. L’article est paru dans Dagen Naeringsliv, un magazine d’affaires norvégien. Il raconte l’histoire de Federico Abad, un jeune programmeur argentin qui vit à Buenos Aires. Il a créé en quelques jours avec des amis le logiciel PopCorn Time, grâce auquel vous et moi pouvons regarder des films en streaming avec une excellente définition. Lisez l’article pour comprendre ce qui fait de PopCorn Time une belle histoire humaine, différente des histoires de piratage que l’on connaît.

Algorithms and Bias: Q. and A. With Cynthia Dwork — On pourrait traduire le titre de cet article paru dans le New York Time par “ Du parti pris chez les algorithmes”. On croit que l’usage des algorithmes, qui travaillent sur de grandes quantités de données, élimine la subjectivité qui entache l’observation humaine. Pas vraiment..

How I gave up alternative current “Comment je me suis débarrassé du courant alternatif” est l’histoire vraie d’un vrai frappadingue nommé Rob Rhinehart, dont l’activité professionnelle consiste à fabriquer et vendre une boisson nutritive censée vous éviter complètement de faire la cuisine, le Soylent 2.0. Sur son blog personnel, il consacre un long article à démontrer, photos à l’appui, comment dans sa maison de Los Angeles un panneau solaire qui produit 100W, acheté pour 150$ sur Amazon, comble tous ses besoins en électricité. Lesquels sont limités puisqu’il a supprimé l’usage de la cuisine (merci Soylent), qu’il ne s’occupe pas de ses vêtements mais les porte à la laverie et climatise sa maison simplement en ouvrant les fenêtres.. Il parvient aussi faire fonctionner son ordinateur et ses deux grands écrans ; le tout avec une obsession du « dépenser moins » qui a quelque chose d’hallucinant.

Lunch with FT: The fat Jew — Ce Fat Jew, alias Josh Ostrovsky, est une vedette américaine de Twitter et d’Instagram, dont l’exorbitante excentricité a fini par attirer l’attention des l’édition de fin de semaine du très sérieux Financial Times. Humoriste parfaitement infréquentable mais intrigant, il est régulièrement poursuivi pour plagier sans vergogne les blagues d’autres humoristes.

Les sites qui créent leur contenu

Medium — Après des débuts très discrets, ce site est en train de s’imposer comme un pole d’attraction pour les blogueurs de tout acabit (on y trouve aussi des textes en Français). Medium a été créé par le co-fondateur de Twitter, Evan Williams, en 2012. C’est une plateforme de publication de blogues (Evan a été l’un des co-fondateur de Blogger en 1999), caractérisée par l’élégance dépouillée de sa maquette et sa facilité d’utilisation. Mais sa formule implique aussi qu’on y trouve du meilleur… et du moins bon. Et comme les articles sont simplement tagés par catégories comme dans Tumblr , il faut tâtonner longuement avec le moteur de recherche du site dans l’espoir de trouver la perle. Ce que précisément le lecteur d’aujourd’hui n’a pas envie de faire. Heureusement, la curation réalisée par les équipes de Mashable, Salon, OZY, Quartz, MediaREDEF, etc.. est là pour filtrer pour nous son contenu. Il ne se passe pas de semaine sans que je ne retrouve sur ces sites plusieurs excellents articles mis en ligne à l’origine sur Médium.

Quartz Créé en septembre 2012 par le groupe Atlantic Media, qui édite notamment le magazine The Atlantic, Quartz veut s’adresser aux “responsables d’entreprises qui sont à l’aise avec le monde digital, aux exécutifs post-nationaux qui recherchent les informations qui les aideront à mieux naviguer dans l’économie globale ». Conçu en priorité pour être lu sur des tablettes ou des téléphones, Quartz revendique un lectorat composé à 60% de gens d’affaires et ambitionne de toucher « le prochain milliard » d’entre eux, ceux qui vont apparaître avec le développement des pays émergents. Un Quartz Africa a été lancé en septembre 2014, un autre devrait voir le jour pour l’Inde. La publication tire ses revenus de la publicité. Les entreprises qui se sont penchées sur son berceau et ont investi dans son lancement s’appellent Boeing, Cadillac, Chevron et Crédit Suisse. L’équipe de journalistes, installée à New York, compte plusieurs grosses pointures, comme l’éditeur en chef Kevin Dekaney et le Rédacteur en chef adjoint Zach Seward, qui viennent du Wall Street Journal ou le Gideon Richfield, Global News Editor, qui vient de The Economist.

Le journal se divise en trois grandes catégories : Our picks (notre choix), Latest(dernières nouvelles) et Popular (articles les plus lus). Chaque article apparaît sous une superbe photo qui traverse toute la page.

Quelques exemples parmi les articles publiés récemment par Quartz:

Scientists want to rethink bans on tinkering with human embryo DNA à propos d’un mouvement qui se développe parmi les scientifiques pour assouplir les restrictions à la modification du DNA d’un embryon humain.

America’s response to the refugee crisis reflects the worst of its past Cette analyse de l’attitude des américains vis à vis des immigrants commence ainsi :« En tant que peuple, les Américains ont une faible capacité d’attention. En tant que nation, ils ont la mémoire courte. Nos attitudes vis à vis des réfugiés et des migrants sont étroitement liées à nos croyances et à nos comportements d’hier, dont il serait moralement et politiquement utile de se souvenir ».

Donald Trump and Jeremy Corbyn have almost nothing in common — except this Le nouveau chef du parti travailliste britannique et le clown en chef du parti républicain américain ont évidemment peu de choses en commun, sauf, explique l’article, « de forcer les vieux partis à chercher du sang neuf et des idées nouvelles et à redécouvrir ce que les électeurs veulent, ce qui est sain. Mais que le parti Républicain ne semble pas encore avoir compris. » Journal pour gens d’affaires, donc, mais sans œillères.

OZY. Il fallait bien un jour que Silicon Valley se lance dans le journalisme d’information générale, à sa manière. C’est ce qui s’est passé avec le site OZY, crée en septembre 2013 par Carlos Watson et solidement financé par des gens comme Laureen Powell Jobs, la veuve de Steve Jobs. En moins de deux ans, ce journal en ligne approche les 20 millions de visiteurs uniques par mois, ce qui est encore modeste compte tenu de ses ambitions. Il veut être le média de la « génération du millénaire », faire ce que Time a su faire à ses débuts, ou Maxim ou Wired. Donner le vrai beat de l’époque, plutôt que des instantanés de ce qui est viral sur le net, comme Buzzfeed, aller chercher tous ces « faits porteurs d’avenir » qui sont parfois des signaux de faible intensité, mais qu’il faut savoir déceler et contextualiser si l’on veut pouvoir penser ce qui va arriver demain et après-demain.

Carlos Watson, est un américain noir qui a connu la pauvreté dans son enfance, ce qui ne l’a pas empêché d’étudier à Harvard, d’être diplômé de la Stanford Law School, d’avoir été consultant chez McKinsey, avant de devenir un des anchormende la chaîne de télévision MSNBC. Il s’est entouré de journalistes chevronnés, venus de Yahoo, VICE, USA Today, CNN, ou d’autres horizons, comme Goldman Sachs ou comme la rédactrice en chef adjointe Annesh Raman, qui a écrit à une époque les discours de Barack Obama.

Les grandes sections du journal : Rising Stars, Fast Forward, Good Sh*t, Flashbacks, Point of View, True Story, Acumen, Performance, Wildcard. Mais aussi Video et PDB (Presidential Daily Brief ou Memo présidentiel quotidien) la sélection d’articles qui figure en tête de l’infolettre que vous recevez chaque jour.

À titre d’exemples voici quelques uns des titres que proposait le Presidential daily brief du 13 septembre : Fed faces decision on Rate hike, Migrant crisis reveals EU’s best and worst, Chinese Lending Coming Out of the Shadows, Being a Robot Can Make Work More Human. Parmi les vidéos proposées ce jour là This is Hoodslam Oakland Craziest Raunchies Fight est un reportage sur une journée de combats de catch amateurs qui ne manque pas d’humour.

Ailleurs, le portrait d’un politicien tchèque d’extrême droite, qui est d’origine japonaise mais s’oppose à ce que le pays accueille des immigrants. Au chapitre des provocations qui font réfléchir, un article qui recommande de payer les membres des gangs de rue plutôt que de les pourchasser « We should pay gangs » Et ainsi de suite, il faudrait citer cinquante articles pour donner une idée de la variété du contenu de OZY.

Bonus

Les infolettres envoyées par ces différents sites utilisent souvent pour présenter les articles des titres différents du titre de l’article sur le site, ce qui rend la recherche difficile après coup, si on a oublié de prendre l’URL en note. Je n’ai pas retrouvé l’agrégateur qui m’a permis de lire deux articles exceptionnels, que je veux absolument partager avec vous. A visual introduction to machine learning a été publié une première fois sur le site R2D3. Cet article permet de comprendre et de visualiser (les graphiques animés sont extraordinaires) comment on parvient à affiner des données statistiques (par exemple sur les prix des logements dans tel quartier de telle ville) jusqu’à ce qu’elle atteignent une fiabilité proche de 100%.

Même chose pour cette histoire sélectionnée par un curateur et parue originellement dans The NewYorker sur les chinois qui vendent des sous-vêtements féminins à des femmes musulmanes dans,. des villes retirées de Haute Égypte : The chinese lingerie vendors of Egypt. C’est absolument surprenant, mais finalement compréhensible. Les couples chinois qui tiennent ce genre de commerce, sans parler un mot d’arabe, se font aider par une jeune femme locale et leurs clientes leur font confiance par ce qu’elles ont très bien compris que ces vendeurs chinois étaient absolument indifférents à la langue et à la culture qui les entourent. Un vrai voyage dans un autre monde.

Décidément, le journalisme en ligne est bien la meilleure nouvelle de l’année.

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